17/02/2016

Romance whith Flamethrower

Woodrow (Evan Glodell) et Aiden (Tyler Dawson) sont des as du bricolage. Plutôt que de mettre ce talent à profit, en rénovant des maisons ou en participant à des compétitions de sports mécaniques, ces grands garçons (une vingtaine d'années) tentent de matérialiser leurs fantasmes, nourris de comics et de films de science-fiction. Ils ont fabriqué un lance-flammes, avec lequel ils jouent sur un terrain vague et ont si bien redessiné leur vieille Buick qu'elle est en passe de devenir un monstre noir qui crache le feu.

Bref, Woodrow et Aiden sont atteints de ce syndrome si répandu dans le cinéma américain : l'adolescence prolongée. Bellflower se distingue pourtant très nettement de l'abondante production consacrée à ce sujet. Ce n'est pas une comédie, c'est un autoportrait romantique, qui met en scène cette immaturité comme une souffrance à laquelle il faut échapper.

L'irruption d'une femme dans la vie de Woodrow déclenche une série d'événements tout d'abord romantiques - un voyage au Texas, loin des paysages informes de la région de Los Angeles - puis catastrophiques. Woodrow découvre que l'élue de son cœur n'est pas un personnage de son monde de fiction, mais un être humain autonome, qui ne se conforme pas aux scénarios que le jeune homme et son meilleur ami ont élaborés pour donner un semblant de sens à leur existence.

Avec sa bande originale faite d'électro et de rock low fi, avec ses manipulations agressives des couleurs, ses dérapages dans un imaginaire inquiétant, Bellflower a de fait toutes les apparences d'une célébration de l'immaturité et du solipsisme. Tout en se laissant aller au plaisir un peu régressif, si l'on a plus de 23 ans, de ce déchaînement sensoriel, on percevra bientôt un contrechant. Bellflower est aussi un récit de formation.

Lors de la sortie du film aux Etats-Unis, on a beaucoup commenté la richesse de l'invention formelle. Il faut aussi noter qu'Evan Glodell sait diriger ses acteurs, leur donne assez d'espace pour que leurs rôles - le meilleure copain, celle par qui la discorde arrive - prennent assez de relief pour que le héros (un rôle que le réalisateur s'est réservé) s'aperçoive de la complexité de la vie en société. Malgré les flammes et les décibels, Bellflower est plus proche de la mélancolie de la vague new-yorkaise des années 1980 (Jarmusch, Hal Hartley) que des pastiches de séries B chères à Tarantino ou Rodriguez

 

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19:08 Écrit par Relic | Lien permanent | Commentaires (0) |  del.icio.us |  Facebook |

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